Animer un atelier d’écriture

Plus qu’un simple moment de production écrite mais bien un temps de création, de réelle expression dans la langue apprise, l’atelier d’écriture peut être un moment ludique, poétique voire libérateur pour les étudiants. C’est aussi l’occasion de redéfinir les rôles : l’enseignant s’efface au profit de l’élève.

nicolas ancionNicolas Ancion, auteur francophone belge, publie – entre autres- des romans à destination du public FLE et anime régulièrement des ateliers. Il a gentiment répondu à nos questions et nous propose quelques pistes de réflexion autour de l’écriture créative.

Certains de vos romans sont publiés dans la collection Mondes en VF des éditions Didier. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire pour ce public particulier qu’est l’apprenant de FLE ?

Dès le départ, j’adore les défis d’écriture. Quand un éditeur m’invite à écrire des textes hors normes, je suis toujours partant. Cela me permet de sortir de mes habitudes, d’explorer des terrains qui me sont moins connus. Dans ce cas précis, Myriam Louviot, directrice de la collection Mondes en VF, m’a proposé d’écrire un roman dans la ligne de ce que j’écris d’habitude, avec deux contraintes précises : pas de passé simple et un autre décor que Paris. Comme je savais dès avant d’entamer l’écriture que le roman pourrait être lu partout sur la planète, j’ai eu envie d’ancrer l’histoire de mon premier roman FLE , La cravate de Simenon, dans un lieu qui paraîtra exotique pour beaucoup, la Belgique des années 70.

Pourquoi pratiquer l’exercice de l’écriture créative en classe de FLE ?

Tout le monde semble convaincu qu’apprendre des langues est une évidence. La question qui m’intéresse est « que faire avec la langue qu’on apprend ? ». La réponse évidente est celle que les étudiants donneront : pour aller étudier ou travailler dans un pays francophone, pour dialoguer, pour voyager… Pourtant, à mes yeux, derrière chaque langue, il y a avant tout des cultures et des découvertes incroyables. L’anglais, pour moi, c’est la langue des séries télés ; l’espagnol celle des films argentins, mexicains, espagnols. On ne peut aimer une langue que si l’on aime ce qu’on fait avec. L’écriture créative est un outil formidable pour permettre à l’imagination des élèves de se déployer et pour exploiter au mieux leurs compétences, dans un moment ludique, amusant et, parfois, poétique.

Pouvez-vous nous présenter comment se déroule un atelier ?

Ce qui m’intéresse, dans l’atelier, c’est de réinventer sans cesse les formules, en fonction des envies, du public, du lieu et de tout le reste. Cependant, les lignes directrices de l’atelier ne changent pas :

  •  les tables forment un grand cercle ;
  • on écrit en commun (les feuilles circulent, sont échangées, on rédige à partir d’idées d’autres) ;
  • on écrit par petites tranches, avec des instructions précises et un travail préparatoire (à l’oral, en commun au tableau, à deux… les formules sont infinies) ;
  • après l’écriture vient la réécriture, à partir des textes des autres ;
  • enfin on lit à haute voix, on commente les textes ;
  • idéalement, on retravaille alors le texte en fonction des commentaires, pour l’amener plus loin encore ;
  • d’un bout à l’autre, chaque participant est libre de changer, d’adapter, de couper, comme il l’entend le texte qu’il a devant lui. Il peut même ne pas respecter les instructions que je donne. La désobéissance est permise.

Quelle est la part d’improvisation ?

Comme dans tout processus créatif, un canevas est indispensable pour structurer l’atelier, mais l’animateur doit sans cesse rebondir sur ce qui est dit, proposé, suggéré par les participants pour que l’atelier soit unique. Au final, le canevas n’a qu’une importance minime, l’essentiel a surgi entre les contraintes.

Quel est votre meilleur souvenir en animant un atelier ?

Mon meilleur souvenir date de mes débuts comme animateur d’atelier quand j’ai eu la chance de participer à un projet exceptionnel, où la moitié des participants de l’atelier étaient des adultes qui venaient d’achever un cycle d’alphabétisation. Le regard qu’ils portent sur l’écriture et la littérature est terrible et revigorant. Le groupe a travaillé pendant trois ans et le plus beau moment s’est produit quand on a travaillé le monologue intérieur des personnages. Un des adultes, ancien illettré, a expliqué en fin de séance qu’il venait d’apprendre que les autres aussi parlaient dans leur tête. Ce que nous appelons « penser », il croyait que c’était une forme de folie dont il était atteint. Il était pourtant père depuis longtemps, avait plus de quarante ans et un passé lourd qu’il traînait derrière lui. Ce jour-là, je me suis rendu compte à la fois de la fragilité de nos certitudes et de la force de caractère que l’être humain développe pour vivre malgré tout. Sans cet atelier d’écriture, ce participant aurait continuer de croire que penser est une forme de folie dont il n’osait parler à personne.

Quels conseils donneriez-vous à un enseignant de FLE qui voudrait proposer un atelier à ses élèves ?

Un seul : foncer ! Dans l’atelier, les rôles sont déplacés. Je ne suis plus écrivain ; ce sont les autres qui écrivent et moi qui les écoute. L’enseignant n’est plus détenteur du savoir, il se contente de lancer des propositions. On a le droit de copier sur la feuille du voisin, d’échanger des idées, de fouiller les dictionnaires et les manuels, on peut utiliser Google et Wikipédia, on peut s’amuser et… on a envie de recommencer dès que l’atelier s’arrête.

Pour aller plus loin

PUG_Couverture_Ecritures_cr_atives_largePour en savoir plus sur le travail d’écriture de Nicolas Ancion et ses défis littéraires, faites un tour du côté de son blog.

Vous trouverez une fiche de synthèse sur l’animation de l’atelier d’écriture rédigée par Myriam Louviot, directrice de la collection Mondes en VF. Elle y donne des conseils méthodologiques et rappelle notamment l’importance de la valorisation du travail final (mise en ligne, lecture publique…).

Enfin, le livre Écritures créatives co-écrit par Stéphanie Bara, Anne-Marguerite Bonvallet et Christian Rodier aux PUG propose de 62 fiches pédagogiques et de nombreuses pistes concrètes pour mettre en place un travail d’écriture créative en classe de FLE classées en trois catégories : imiter/emprunter, inventer/imaginer, jouer/créer.

Image de une : détail de la couverture de La cravate de Simenon aux éditions Didier. Photo Nicolas Ancion : http://ancion.hautetfort.com/

Publicités

2 réflexions au sujet de « Animer un atelier d’écriture »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s